e-Law Admin/ Juli 9, 2019/ Décisions du cour de cassation, Droit français/ 0Kommentare

 

Cassation partielle

Demandeur(s) : Mme I… M…
Défendeur(s) : Mme V… J… ; et autres


Attendu, selon l’arrêt attaqué, que Mme M… (l’avocate) a conclu, le 1er août 2009, un contrat de collaboration avec l’association d’avocats à responsabilité professionnelle individuelle dénommée Vigo (l’association) ; que, le 11 février 2013, elle a annoncé sa décision de quitter l’association et de rechercher une nouvelle collaboration ; que, les 16 et 17 mai 2013, elle a informé les membres de l’association de son état de grossesse ; que l’association a estimé que le délai de prévenance avait couru à compter du 11 février 2013 et que le contrat avait pris fin le 11 juin 2013 ; que, considérant qu’il n’avait pas été mis fin au contrat de collaboration avant la déclaration de sa grossesse, mais pendant la période de protection dont elle bénéficiait en application de l’article 14.4 du règlement intérieur national de la profession d’avocat (RIN) et de l’article 14.4.1 du règlement intérieur du barreau de Paris, l’avocate a saisi le bâtonnier de l’ordre des avocats audit barreau sur le fondement de l’article 142 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession d’avocat ;

Sur le premier moyen, pris en ses première et deuxième branches :

Attendu que l’avocate fait grief à l’arrêt de juger que, dès lors qu’elle avait annoncé sa démission le 11 février 2013, le délai de prévenance avait couru à compter de cette date et de rejeter l’intégralité de ses demandes relatives à la protection des collaboratrices enceintes, alors, selon le moyen :

1°/ que, si, dans le cadre d’un contrat de collaboration libérale, chaque partie peut unilatéralement mettre fin sans formalité audit contrat, à tout le moins faut-il que la résiliation, dès lors qu’elle est supposée procéder d’une initiative du collaborateur, puisse s’inférer d’un acte manifestant sans équivoque sa volonté de quitter effectivement ses fonctions à l’expiration du délai de prévenance ; que la prétendue rupture du contrat est nécessairement équivoque lorsque le collaborateur a préalablement ou concomitamment reçu l’assurance qu’il ne serait assujetti à aucun délai de prévenance strict et qu’il pourrait à sa guise continuer d’exercer le temps qui lui serait nécessaire pour trouver une collaboration de substitution ; qu’il s’infère des constatations de l’arrêt que tel était le cas en l’espèce, si bien qu’en qualifiant de « démission », dans ces circonstances particulières, l’annonce faite dès février 2013 par l’avocate de sa décision de quitter l’association et de rechercher une nouvelle collaboration, pour en déduire, en raison de son antériorité à l’annonce de son état de grossesse, l’inapplicabilité des dispositions protectrices de la collaboratrice enceinte, la cour d’appel a violé l’article 14.4 du RIN, dans sa rédaction applicable à la cause, ensemble l’article 1134 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l’ordonnance du 10 février 2016 ;

2°/ qu’en tout état de cause, à dater de la déclaration de grossesse et jusqu’à l’expiration de la période de suspension du contrat à l’occasion de l’accouchement, le contrat de collaboration libérale ne peut être rompu sauf manquement grave aux règles professionnelles non liées à l’état de grossesse ; qu’en admettant même que l’annonce par l’avocate de son départ en février 2013 ait pu être assimilé à une « démission », il n’en était pas moins constant que les parties étaient convenues à cette date, par dérogation au délai de prévenance fixé par le RIN, de ne s’enfermer dans aucun délai de prévenance fixe et que c’était finalement la décision ultérieure des associés du cabinet Vigo, intervenue postérieurement à l’annonce de la grossesse, et plus précisément le 10 juin 2013, d’exiger l’application stricte du délai de prévenance fixé par le règlement qui avait entraîné la rupture effective du contrat de collaboration ; qu’en retenant, néanmoins, que n’étaient pas applicable à la cause les règles protectrices de la collaboratrice enceinte prohibant toute rupture du contrat de collaboration postérieurement à la déclaration de sa grossesse, la cour d’appel a de nouveau violé l’article 14.4 du RIN, dans sa rédaction applicable à la cause, ensemble l’article 1134 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l’ordonnance du 10 février 2016 ;

Mais attendu, en premier lieu, que l’arrêt constate que l’avocate, qui avait choisi de rechercher une autre collaboration dès le mois de février 2013, avait décidé de ne plus collaborer au sein de l’association et annoncé ce choix le 11 février 2013 ; que la cour d’appel a ainsi caractérisé l’existence d’un acte unilatéral par lequel l’avocate avait manifesté de façon claire et non équivoque sa volonté de mettre fin au contrat, peu important que l’association ait été disposée, à cette date, à ne pas appliquer le délai légal de prévenance aux fins de laisser à sa collaboratrice le temps nécessaire aux démarches lui permettant de trouver une autre collaboration ;

Attendu, en second lieu, qu’en ce qu’il soutient que la décision des associés, intervenue le 10 juin 2013, d’exiger l’application stricte du délai de prévenance fixé par le règlement a entraîné la rupture effective du contrat de collaboration, le moyen ne tend qu’à remettre en discussion, devant la Cour de cassation, le pouvoir souverain d’appréciation de la cour d’appel qui, après avoir analysé les messages électroniques échangés courant mai et juin 2013, a estimé que l’association avait appliqué, conformément aux dispositions du contrat de collaboration, le délai légal de prévenance, par suite de l’absence de réponse claire de l’avocate sur la date de son départ et sur un accord possible quant à la durée du délai de prévenance ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

Mais sur la troisième branche du même moyen :

Vu l’article 1134 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l’ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, ensemble les articles 129 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 et 14.4 du RIN, dans sa rédaction applicable ;

Attendu qu’aux termes du dernier texte, sauf meilleur accord des parties, chaque partie peut mettre fin au contrat de collaboration en avisant l’autre au moins trois mois à l’avance ; que, selon la même disposition, ce délai est augmenté d’un mois par année au-delà de trois ans de présence révolus, sans qu’il puisse excéder six mois ;

Attendu que, pour rejeter l’ensemble des demandes de l’avocate relatives à la protection des collaboratrices enceintes, l’arrêt retient que le délai légal applicable à la rupture du contrat de collaboration signé le 1er août 2009 est de quatre mois et non de trois mois, dès lors que l’article 14-4 du RIN applicable prévoit que le délai de trois mois est augmenté d’un mois par année au-delà de trois ans de présence révolus ;

Qu’en statuant ainsi, alors que l’augmentation du délai de prévenance prévu à l’article 14-4, alinéa 2, du RIN est d’un mois par année révolue postérieure aux trois années de présence révolues dont dépend la prolongation de ce délai, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’il dit que, Mme M… ayant annoncé sa démission le 11 février 2013, le délai de prévenance courait à compter de cette date, l’arrêt rendu le 6 décembre 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, sur les autres points, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Truchot
Avocat général : M. Sudre

www.courdecassation.fr/jurisprudence_2/arrets_publies_2986/premiere_chambre_civile_3169/2019_9122/juillet_9406/651_4_43140.html by e-Law Trainer

Share this Post

Hinterlasse einen Kommentar